Durant les mesures de confinement auxquelles nous sommes contraints de faire face, le lien thérapeutique se poursuit à distance, par skype ou au téléphone, et à la fréquence qui convient à chacun. Une façon de poursuivre le travail engagé et de gérer au mieux la difficulté à vivre cette situation exceptionnelle et inédite.

Psychothérapie à distance

Bien sûr, on est mieux en face à face. Quand on se targue de faire de la psychothérapie relationnelle, c’est même la base du travail. Certaines situations nous contraignent cependant à user parfois de subterfuges et de substituts relationnels comme le téléphone ou la visioconférence. En temps normal, je suis déjà partisan d’une certaine souplesse afin de permettre à ceux et celles qui ne peuvent être présents physiquement au cabinet de bénéficier de leur séance. Cela se produit par exemple dans les cas d’intempéries, de soucis de santé, d’impératifs de déplacements professionnels, ou simplement pendant les vacances.

Ici c’est d’un impératif collectif qu’il s’agit, impératif pour lequel nous conservons la responsabilité de ne pas laisser s’interrompre ce qui a été engagé entre le thérapeute et le patient. Le lien thérapeutique n’est pas de ceux qu’on coupe et qu’on restaure comme une connexion sur les réseaux sociaux. Il comporte une dose concentrée d’investissement mutuel qui le rend chargé de ce que certains nomment transfert ou d’autres relation. Peu importe l’appellation et le champ disciplinaire auquel elle se réfère, il s’agit d’un lien affectif et nous avons à en prendre soin.

Isolement et promiscuité, deux défis pour l’être humain

L’être humain est un être relationnel. Seul et privé de ses repères affectifs, il se déprive, ainsi que l’a fait connaître René Spitz dans ses travaux réalisés auprès d’enfants précocément séparés de leur mère.
Mais la promiscuité, option contraire, ne lui convient pas forcément mieux, car elle est peu compatible avec certaines cultures où l’on jouit habituellement d’un espace social conséquent. Nous pouvons lire à ce propos la dimension cachée d’E.T. Hall, que j’évoquais dans mon précédent billet.
À l’heure où nous nous apprêtons à entamer cette expérience intensément relationnelle du confinement, on pense bien sûr à Sartre, tentés d’entonner ensemble sa plus célèbre punchline : l’enfer c’est les autres. Et certains autres représentent en effet un enfer concret, tant et si bien qu’on en oublierait presque que l’enfer, c’est souvent plutôt l’insupportable en moi, projeté sur les autres.

À nous de faire en sorte de trouver également en nous – sinon le paradis – du moins les ressources et les moyens de parvenir à traverser cette épreuve dans le respect de notre confort minimal, de nos limites. Cela peut nécessiter une aide extérieure, qu’un psy – lui aussi en situation de confinement – sera probablement heureux de pouvoir vous donner le cas échéant.

Lisez, écrivez, jouez, dormez ; surtout, prenez soin de vous.

 

Pour aller plus loin :

  • Un article de CAIRN sur l’hospitalisme de Spitz, la déprivation et la dépression anaclitique, sujet qui mériterait au moins un ou deux billets supplémentaires. Mais la littérature est abondante et cette vidéo aux images dures, mais sans voyeurisme, permet de rendre ce savoir plus concret.

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Durant les mesures de restriction, le cabinet demeure virtuellement ouvert, les séances peuvent se dérouler au téléphone ou en visioconférence.