Vianney à contre-courant
Il est souvent instructif d’observer lorsqu’un personnage public prend une initiative à contre-courant de son époque.
C’est en tout cas ce qui m’est venu quand j’ai eu vent du projet du chanteur Vianney, qui s’est isolé pour construire une cabane de ses mains. (Je sais, je passe sans doute trop de temps à scroller). En résumé, Vianney est auteur-compositeur interprète, parmi les plus en vogue dans la chanson française ces dix dernières années. A trente-cinq ans, il a décidé de s’installer en forêt pour construire une cabane en bois, dans laquelle il pourrait mettre un lit, un piano et quelques instruments, afin d’y composer son prochain album. Pendant neuf mois, il a appris les rudiments de la construction traditionnelle et s’est attelé à l’ouvrage. En bon artiste du 21e siècle, il a tout de même filmé son dur labeur pour demeurer en lien avec ses fans, célébrité oblige. Et c’est ainsi que je suis tombé sur une vidéo de son chantier, qui m’a à la fois intrigué et enthousiasmé.

Vianney, par Patrick S. from BAZIEGE, FRANCE, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Un vrai chantier à ciel ouvert
Vianney a confié qu’il n’allait pas bien lorsqu’il a pris la décision de construire cette cabane. Il semble – au travers des bribes d’interviews qu’on trouve ça et là – qu’il avait besoin de se reconnecter à la fois à la nature et au travail manuel : de « construire, plutôt que produire ».
Le projet semblait tellement difficile à réaliser que l’idée d’un simple coup de pub pouvait même effleurer l’esprit. Après tout, il est aisé de se faire filmer pendant une heure en train d’écorcer un bout de bois, puis de payer une entreprise pour faire le reste. Mais les quelques vidéos qu’il a sorti sur sa chaîne Youtube montrent bien au bricoleur averti qu’il a réellement mouillé le maillot. Quelques détails rappellent de douloureux souvenirs, comme le retour de la visseuse à choc qui vous fait frôler l’entorse du poignet, les scènes de bâchage en catastrophe sous la pluie ou le chantier prévu pour six mois qui deviennent neuf. On constate aussi qu’il a dû s’entourer à la hauteur de ses prétentions. Car si l’on voit aisément le manque d’expérience du bonhomme, les techniques utilisées, comme l’outillage ou les matériaux mis à disposition, laissent à penser qu’il a été bien conseillé.
En tout cas, Vianney l’a fait, et l’œuvre finie est impressionnante pour une première, et d’un néophyte qui plus est. Je vous laisse chercher par vous-mêmes, la revue de presse est facile à établir :

Reconnecter avec la réalité
Ce qui nous intéresse ici, ça n’est évidemment pas la performance en bricolage d’un chanteur connu, mais de regarder une personnalité publique se confronter avec la réalité matérielle. Une réalité qu’on ne contourne pas avec l’IA et qu’on ne refuse pas à coup de botox. Certes, ça n’est pas nouveau, on pouvait par exemple retrouver ce type de choc culturel dans l’émission Rendez-vous en terre inconnue, ou des stars étaient filmées durant un voyage à la rencontre d’un peuple ou d’une tribu vivant loin de la civilisation. Vianney y avait d’ailleurs participé en Éthiopie en 2021.
Mais ici, il ne s’agit pas d’une série en six épisodes pour une plateforme, simplement de quelques séquences d’une dizaine de minutes, sans musique, ni voix off, où l’on voit la difficulté du travail manuel, la rigueur de l’assemblage de charpente, les aléas du temps et du climat. Et un chanteur qui décide de se mettre sa carrière en pause pendant neuf mois pour reconnecter avec des choses aussi élémentaires que le lever du soleil et la tombée de la nuit, la fatigue physique et le contact avec la matière vivante.
Plus intéressant encore, Vianney dit avoir été surpris par l’intérêt manifesté autour de ces fameuses vidéos, dans lesquelles – je le répète – on ne voit rien d’autre qu’un type s’échiner laborieusement à construire le chalet Suisse de notre enfance, mais grandeur nature, avec toutes les difficultés que cela représente.
Cultiver son jardin
Alors, est-ce à dire qu’une prise de conscience voltairienne a lieu et que nous allons retrouver du concret pour appuyer nos existences ? C’est à voir, car je suis bien conscient que les dites vidéos ont probablement été vues en majorité par des personnes en train de scroller sur leur téléphone dans le métro d’une grande ville. Mais peu importe. Vianney partage quelque chose de réel, matériel, sans morale, sans message, sans invitation à une émotion ou une autre. Et ça intéresse les gens !
S’il a trouvé une audience pour relayer et valoriser son message, comme je suis en train de le faire ici, l’envie pourrait prendre à d’autres d’aller construire leur cabane, ou simplement de cultiver leur jardin. Des activités simples qui permettent, pour reprendre le titre d’un ouvrage de François Jullien, de Nourrir sa vie, à l’écart du bonheur.
C’est le printemps, sortez, sans votre smartphone.
Pour aller plus loin :
La chaîne Youtube de Vianney, sur laquelle on trouve notamment les vidéos de la construction.
Image du bandeau : Joe – Pixabay
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Pascal Aubrit, psychothérapie relationnelle et coaching à Auvers-sur-Oise (95)
Directeur pédagogique du CIFPR
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