C’est fou le nombre de personnes qui m’ont confié avoir écouté du hard rock ou du heavy metal  durant le confinement. Je ne rentrerai surtout pas dans la polémique consistant à différencier les deux genres, d’autant que je ne suis pas sûr d’y comprendre quelque chose. En revanche, profitons de l’occasion pour faire un lien avec le besoin de décharge lié à la situation de confinement. Profitons également de l’occasion pour parsemer ce billet de quelques perles du genre, ou qui ont inspiré le genre, et qui serviront de bande-son durant votre lecture :

Axel Bauer invite Led Zeppelin en confinement

Il y a quelques jours, je découvre dans mon fil d’actualité qu’Axel Bauer a enregistré une version confinée du mythique Kashmir de Led Zeppelin, accompagné de 27 musiciens. N’est pas Robert Plant qui veut, mais son cover est objectivement réussi.

En l’écoutant, je me mets à osciller de la tête et me remémore les personnes qui m’ont dit qu’elles écoutaient de la musique violente pendant le confinement. Oui, c’était probablement nécessaire. La violence est en nous, cette violence fondamentale qu’évoquait Jean Bergeret et dont je parlais déjà dans cet article sur le combat. Tout le problème consiste à lui permettre un moyen d’expression sous peine de devoir l’agir, et nous avons évidemment appris sans surprise que le confinement avait été le théâtre de nombreuses violences domestiques. Comment eût-il pu en être autrement lorsqu’on enferme des personnes qui ont un défaut d’accès à leur imaginaire et à leurs fantasmes, qui n’ont pas de possibilité de sublimation et qui sont limitées dans les possibilités de décharger leur agressivité. S’ils avaient eu tout ça, ils auraient pu lire, peindre, ou même simplement écouter du métal.

Game of thrones et Metallica, cocktail cathartique

On est souvent étonné : « comment, toi, tu regardes Game of thrones ? Mais tu ne ferais pas de mal à une mouche. » Bien sûr, nous reconnaissons là l’œuvre de la catharsis aristotélicienne. Nul besoin d’être violent si je suis capable de trouver du plaisir à contempler la/ma violence sur l’écran, défoulant mes pulsions inavouées par l’entremise du spectacle auquel j’assiste. Je n’irai pas plus loin sur le sujet de la catharsis, mais invite le lecture curieux à consulter cet article qui explique pourquoi c’est en fait nettement plus compliqué. En tout cas, celui qui s’est déjà rendu dans un concert de métal aura le plus souvent constaté que – le plus souvent – la violence réside dans la musique et non chez ses fans.

Wilhelm Reich, la décharge énergétique

En lien avec la catharsis, Wilhelm Reich, fondateur des thérapies psychocorporelles, proposa un modèle théorique autour d’un cycle énergétique bien connu : tension-charge-décharge-détente. L’idée consistant à percevoir l’énergie comme un fluide que les situations de tension mettent en charge dans notre corps, nécessitant des processus de décharge afin de parvenir à la détente. Les processus de décharge privilégiés sont les mouvements expressifs et agressifs du corps : courir, danser, faire du sport, crier, chanter, avoir des relations sexuelles… En période de confinement, nous avons par exemple pu mesurer le besoin de décharge à la profusion de joggers dans les rues.

L’accumulation de la charge énergétique dans le corps sans possibilité de décharge perturbe toutes les fonctions de régulation de l’organisme, dont le sommeil. Dans ce cadre, je pense que l’écoute de métal a participé du même phénomène : celle d’une décharge sous haute contrainte environnementale. Car non seulement les possibilités de décharger l’énergie étaient limitées durant le confinement, mais qui plus est les sources de tension, donc de charge, étaient nombreuses (frustration, immobilisme forcé, solitude ou sentiment d’envahissement…).

La méditation, mêmes effet ?

On pourrait m’objecter qu’une bonne séance de méditation parvient au même effet. Oui, et non. Oui si le niveau de tension reste modéré et qu’on en a l’habitude. Non, lorsque la charge énergétique a dépassé un certain seuil et que la décharge devient la seule possibilité d’apaisement. Néanmoins, de nombreuses personnes se sont mises à méditer et à pratiquer la relaxation durant le confinement, et tant mieux, car cela leur a sans doute apporté du bien être. Les deux approches sont très probablement complémentaires, en tout cas elles ne devraient pas s’exclure.

Rock & Rebel

Peut-être aussi, faut-il se rappeler que la musique rock est un symbole de rébellion et que lorsqu’on prive les gens de leurs libertés les plus fondamentales, à commencer par la liberté de circulation, le métal peut servir d’exutoire. Mais c’est déjà un autre sujet.

Enfin, et parce que j’ai osé adouber la tentative d’un chanteur français de reprendre les légendes vivantes du hard rock, que ceux qui ne pourraient tolérer qu’on souille ainsi leur mémoire purifient leurs oreilles et leur âme avec cette version live sublime de Kashmir :

Déchargez bien, et prenez soin de vous en musique.

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Image du bandeau : DarkWorkX de Pixabay