Cabinet de Psychothérapie et de Coaching à Pontoise (95)

Et si la notion de consentement s'apprenait dès le plus jeune âge ?

Ça tombe bien, je n’aime pas faire la bise

N.B. Ce billet, entamé avant l’arrivée chez nous du COVID-19, devait s’appeler simplement « je n’aime pas faire la bise ». Les dernières mesures encourageant les populations à ne pas se toucher pour se dire bonjour m’ont incité à modifier légèrement le titre afin de m’accorder avec l’actualité.

 

– Chez nous c’est quatre !
En France c’est connu, on s’embrasse beaucoup. Et le cours de la bise varie selon les régions, tout comme le sens de circulation : on commence tantôt par la joue droite, tantôt par la joue gauche. De quoi dérouter parfois. De quoi mettre mal à l’aise surtout ceux et celles qui n’aiment pas embrasser. Pour eux – pour elles surtout –, la question n’est pas de savoir si on va faire deux bises, ou trois, ou quatre, mais plutôt de parvenir à faire admettre à leur entourage qu’ils ou elles ne souhaitent pas se plier à ces embrassades systématiques qui ritualisent la salutation dans notre pays.

Différences culturelles

Ceux qui me lisent régulièrement le savent, je suis sensible à la question de la culture. J’évoquais la conception de l’échec selon le pays dans lequel on se trouve ; la question des politesses d’usage est encore plus parlante. Sans vouloir en faire une vérité anthropologique, il apparaît que les êtres humains éprouvent le besoin d’effectuer un geste lorsqu’ils se saluent, et ce quelle que soit leur culture. On pense à la poignée de main bien sûr, mais également à l’inclinaison face à l’interlocuteur que l’on retrouve dans plusieurs pays d’Asie, aux hugs anglophones ou encore aux checks et autres fist bumps jadis réservés aux adolescents et pratiqués désormais par des tranches d’âge de plus en plus larges, d’autant qu’en cette époque d’angoisse de contagion, ils sont désormais conseillés par les médecins.

Ces gestes découlent notamment de la distance qui sépare les deux protagonistes lors de leur rencontre. Pour le lecteur curieux d’en apprendre davantage, je ne saurais trop vous conseiller d’aller dévorer La dimension cachée d’Edward T. Hall qui demeure une référence en la matière.
Et en termes de distance, nous l’aurons compris, nous nous trouvons en France dans celle que Hall avait nommé la distance intime, pour la différencier de la distance sociale usitée lors d’une poignée de main par exemple. Faire la bise revient donc à pénétrer corporellement nos intimités respectives. Or, tout le monde n’a pas nécessairement envie de laisser l’autre s’approcher d’aussi près. Problème : en France on fait la bise, et les contrevenantes (car ce sont très majoritairement des femmes) seront souvent taxées de « froideur » lorsqu’elles se plaindront ou dénonceront une intrusion. On voit ici comment la suspicion de frigidité s’invite immédiatement au débat dès lors qu’une pratique est refusée à l’autre. Cette suspicion ne viendra pas nécessairement des hommes, d’ailleurs, mais émane d’un système dans lequel la femme serait sensée donner à l’homme ce qu’il veut, voire ce qui lui revient.

Et le consentement ?

Le terme consentement  bénéficie d’une exposition médiatique permanente depuis le mouvement Metoo, et en France l’affaire Matzneff mise en lumière par Vanessa Springora.
Ici je souhaiterais parler non pas du consentement des adultes lorsqu’ils acceptent ou pas de faire la bise, mais de celui des enfants, à qui l’on impose les baisers depuis le berceau. En effet, un adulte peut en connaissance de cause accepter ou non une pratique culturelle, quitte à se couper momentanément de ses sensations afin de ne pas s’y impliquer plus qu’il ne le désire. Il s’agit là d’un clivage fonctionnel bien pratique par exemple lorsqu’on se retrouve dans une rame de métro bondée. On peut d’ailleurs faire l’hypothèse qu’à moyen terme, la bise sera proscrite dans les milieux professionnels et réservée à la famille et aux proches, la France subissant là une américanisation de son fonctionnement social.
Les enfants, en revanche, n’ont pas souvent la possibilité de refuser d’embrasser qui ils souhaitent, et encore moins celui de refuser d’être embrassés par tous les adultes qu’ils croisent. Il s’agit là manifestement d’une imposition du désir de l’adulte au détriment de celui de l’enfant, celui-ci était rarement consulté. Françoise Dolto nous alertait déjà sur l’ambigüité de ces baisers que subissent en particulier les bébés et tout jeunes enfants et qui peuvent éveiller chez eux une angoisse de dévoration bien légitime (avez-vous déjà fait l’expérience de vous figurer à la place d’un nourrisson qui, pris au piège de son incapacité à se mouvoir encore, voit se rapprocher de lui des visages énormes qu’il ne connaît pas toujours afin de l’embrasser, lui qui n’interagit encore avec le monde qu’au moyen de sa bouche, en particulier dans le but d’avaler des choses ?). Mais cela ne s’arrête pas ensuite.

Embrasse mamie !

Papy, Mamie, oncle Robert, Madame Michu la voisine, je ne compte pas les innombrables occasions que j’ai eu d’entendre « fais un bisou à … », seriné au petit garçon ou à la petite fille qui, bien que peu désireux de s’exécuter, obéit tout de même à l’injonction, là où un simple bonjour ou bien – si l’on y tient tant – un baiser envoyé avec la main aurait suffi. Sous prétexte de faire rentrer l’enfant dans les relations sociales, on l’incite à abandonner l’un des droits les plus fondamentaux, celui de disposer de son corps. Aujourd’hui, alors que le mot consentement revient sur toutes les lèvres, je pense qu’il serait utile de faire l’expérience consistant à demander aux enfants comment ils souhaitent saluer Oncle Michel ou Tata Sylvie, au lieu de leur imposer un mode relationnel qu’ils n’ont pas choisi, ce dernier étant qui plus est basé sur une rupture des distances de sécurité les plus élémentaires.
Soyons clairs : je suis tout à fait opposé à un certain courant éducatif qui voudrait faire croire qu’on peut rendre des enfants autonomes en ne leur imposant rien. Nous vivons en société et pour que cela continue, un certain nombre de règles d’interaction ne me paraissent pas dénuées de sens, comme celle de dire bonjour, au revoir, s’il te plaît ou merci. En revanche, pour apprendre ces règles il n’y a pas urgence. Il me semble que la fin de la maternelle serait un bon repère pour évaluer leur acquisition, au moment où la révolte de la première adolescence s’apaise.

En revanche, je crois qu’il y a un combat de cohérence à mener. On ne peut pas dire à un enfant qu’il est propriétaire de son corps et que personne n’a le droit de le toucher s’il n’est pas d’accord, tout en l’obligeant à se laisser embrasser et à distribuer des bisous à tout bout de champ. C’est par le respect de ces limites, qui sont celles de l’intimité telles que les définissaient Edward T. Hall, que l’enfant pourra apprendre ensuite à faire respecter les siennes.

On m’objectera peut-être que certains enfants adorent donner et recevoir des bisous. C’est possible, mais j’invite tout de même chacun à s’interroger : sont-ce les bisous qu’il adore, ou bien le regard émerveillé des adultes face à cet enfant qui semble prêt à distribuer de l’amour tout autour de lui ? L’enfant embrasse-t-il pour son propre plaisir ou bien parce qu’il a compris que les adultes étaient sensibles à ses manifestations d’affection qu’ils jugent si spontanées ?

« Quand il s’agit de dire non, le meilleur moment, c’est le premier »
Cette phrase que l’on doit à Georges Bidault (ministre sous la 4e république), me paraît appropriée ici. Savoir dire non s’apprend, et il est toujours plus facile d’apprendre ce genre de choses enfant, ainsi elles deviennent automatique une fois adulte. Mais pour apprendre à dire non, l’enfant a besoin d’un adulte qui valide sa prise de position, et qui recadre éventuellement l’autre, un peu trop pressant : « il/elle a dit non, vous pouvez vous envoyer un bisou ». Et si cela met l’autre adulte mal à l’aise ? Et bien le problème est chez lui désormais et je pense qu’il s’en débrouillera.

La bise entre garçons ?

Je ne peux pas conclure cet article sans parler d’un fait qui n’existait pas dans mon enfance : aujourd’hui les hommes se font également la bise entre eux, toutes préférences sexuelles confondues. Dans mes souvenirs d’enfant, la bise entre garçons était réservée à la famille, en dehors de quelques exceptions. Aujourd’hui, elle se généralise, y compris entre sportifs qui troquent parfois la traditionnelle poignée de main contre quelques bisous. Une hypothèse consisterait à penser que l’homme s’autorise désormais l’affichage en société d’une tendresse qui menacerait moins sa virilité qu’autrefois. En tout cas, certaines choses bougent et peut-être verrons-nous bientôt des hommes dire qu’ils n’aiment pas faire la bise et préfèrent serrer la main.

Je vous souhaite en tout cas, pour les années à venir et pour reprendre le titre du film de Chantal Lauby, d’embrasser qui vous voudrez. Et pour y parvenir, la première chose consiste non pas à décider, mais à sentir ce que vous désirez avoir comme contact avec l’autre. Si on a respecté votre droit à dire non lorsque vous étiez enfant, ce devrait être plus simple. Dans le cas contraire, un travail en psychothérapie pourrait vous aider à trouver et à faire respecter ces limites qui ont manqué. Mais ça, c’est déjà une seconde étape.

Pour aller plus loin :

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  1. Six Gérard

    Quand la bise fut venue !
    Et malvenue !
    Tu as tout dit !
    Namasté !
    Le geste Namasté symbolise la croyance qu’il existe une lumière divine en chacun de nous, située dans le chakra du cœur. Ce geste est un signe de reconnaissance d’une âme envers une autre âme.

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