Pascal Aubrit

Cabinet de Psychothérapie et de Coaching à Pontoise (95)

Estime de soi : une déclaration à s’adresser à soi-même

 

Souvenir d’une journée de formation au coaching professionnel. Le thème du jour pour notre petit groupe de huit apprentis-coachs : l’estime de soi…

Nous venons de terminer le remplissage d’un questionnaire où il s’agissait d’évaluer de 1 à 10 (les coachs aiment les échelles) notre confiance en nous à propos de je ne sais plus trop quoi. Puis, une question des formateurs vient nous cueillir et nous plonge dans une intense cogitation :

« en tant que personne, quelle note vous attribueriez-vous de 1 à 10 ? Vous n’avez pas nécessairement à nous le dire, mais vous pouvez le formuler pour vous-mêmes. »

Les plus rationnels d’entre nous se perdent dans des calculs insensés, tandis que les autres restent rêveurs.

« Vous avez répondu ? Bien. Y en a-t-il parmi vous qui se sont attribué une autre note que 10 ? »

Mince, on ne s’attendait pas à celle-là. Des mains se lèvent timidement, rejointes par d’autres. Huit mains levées, le compte y est.

Je ne dirais pas que nous nous sommes faits engueuler, mais presque. Comment pouvions-nous ne pas nous mettre 10 ? À quelle norme extérieure obéissions-nous pour renoncer à nous donner à nous-mêmes ce que nous prétendions permettre à nos futurs clients de s’approprier ? Il ne s’agissait pas d’une évaluation de compétences (en cours d’acquisition, acquis, non acquis, feu rouge, feu vert, allez les enfants on range son cartable !), mais bien de notre valeur en tant qu’être humain sur laquelle nous avions été questionnés. Et pour toutes les bonnes raisons du monde – fausse modestie ou vrai défaut narcissique entre autres – nous avions consciencieusement évité de nous attribuer la note maximale, comme si nous avions nécessairement à progresser en tant que personne pour avoir enfin de la valeur.

Certainement, nous n’avions pas lu le texte qui suit, et que nos formateurs nous ont déclamé à voix haute ce jour-là avant de nous le distribuer. Je l’ai souvent donné à mon tour depuis, à des clients, des patients, des amis, des collègues…

Le voici en version originale, puis traduit en français, le plus littéralement possible, au mépris parfois de l’esthétique. Autrement dit, et pour ceux qui lisent l’anglais, restez-en au premier !

 

Virginia Satir
My declaration of self esteem

I am Me. In all the world, there is no one else exactly like me. Everything that comes out of me is authentically me. Because I alone chose it – I own everything about me. My body, my feelings, my mouth, my voice, all my actions, whether they be to others or to myself. I own my fantasies, my dreams, my hopes, my fears. I own all my triumphs and successes, all my failures and mistakes. Because I own all of me, I can become intimately acquainted with me. By so doing I can love me and be friendly with me in all my parts. I know there are aspects about myself that puzzle me, and other aspects that I do not know, but as long as I am friendly and loving to myself, I can courageously and hopefully look for solutions to the puzzles, and for ways to find out more about me. However I look and sound, whatever I say and do, and whatever I think and feel at a given moment in time, is authentically me. If later some parts of how I looked, sounded, thought and felt turn out to be unfitting, I can discard that which is unfitting, keep the rest, and invent something new for that which I discarded. I can see, hear, feel, think, say, and do. I have the tools to survive, to be close to others, to be productive to make sense and order out of the world of people and things outside of me. I own me, and therefore I can engineer me. I am me, and I am okay.

Virginia Satir, 1975, Self Esteem, Celestial Arts, California.

 

Virginia Satir,
Ma déclaration d’estime de moi

Je suis Moi. Dans le monde entier, il n’y a personne d’autre qui soit exactement comme moi. Tout ce qui vient de moi est authentiquement moi, parce que moi seule l’ai choisi. – Je possède tout ce qui me constitue : mon corps, mes sentiments, ma bouche, ma voix, toutes mes actions, qu’elles soient envers les autres ou envers moi-même. Je possède mes fantasmes, mes rêves, mes espoirs, mes peurs. Je possède tous mes triomphes et mes succès, tous mes échecs et mes erreurs. Parce que je me possède en entier, je peux me familiariser intimement avec moi-même. Ce faisant je peux m’aimer et être ami(e) avec toutes les parties de moi. Je sais qu’il y a des aspects de moi-même qui me laissent perplexe, et d’autres aspects que je ne connais pas, mais pour autant que je sois amicale et aimante envers moi-même, je peux trouver, avec courage et espoir, des solutions aux questions que je me pose et des moyens d’en découvrir plus à mon sujet. Quelle que soit mon apparence, quoi que je dise ou fasse, et quoi que je pense ou ressente à un moment donné, c’est authentiquement moi. Si plus tard il se trouve que des parties de ce qu’on a pu voir ou entendre de moi, de ce que j’ai pensé ou ressenti ne sont plus appropriées, je peux mettre de côté ce qui ne me convient plus, garder le reste et inventer quelque chose de nouveau pour remplacer ce que j’ai mis de côté. Je peux voir, entendre, ressentir, penser, dire et faire. J’ai les outils pour survivre, pour être proche des autres, pour être productive, et pour donner du sens et de l’ordre dans le monde des gens et des choses à l’extérieur de Moi. Je me possède et, par conséquent, je peux me réaliser. Je suis moi et je suis bien.

 

 

Pour aller plus loin :

 

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  1. J.‑B.

    Intéressant !

    Si on se donne une note inférieure à 10, est-ce que cela ne peut pas simplement être que l’on aspire à s’améliorer ? Ne peut-on pas légitimement ne pas aimer certains aspects de notre personnalité, sans que ce soit forcément dû à l’influence de normes extérieures ?

    « Because I own all of me, I can become intimately acquainted with me. By so doing I can love me and be friendly with me in all my parts. » J’avoue que je ne comprends pas la relation cause-conséquence que l’auteur fait entre ces deux phrases. : p

    Simples interrogations.

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